
Assis devant elle sur la table, il prenait son petit déjeuner, les yeux accrochés à son journal et un morceau de toast de beurre craquait sous ses dents…elle était devant lui à contempler les murs de la cuisine, rivant par ses pensées là où elle veut être… Là où elle ne peut jamais être…
Depuis un temps, chacun d’eux évite de regarder l’autre droit dans les yeux… La rencontre des regards est depuis longtemps prohibée...Chacun d’eux ajoute un masque de plus sur son visage, tantôt d’hypocrisie, tantôt d’une gentillesse exagérée…
Pourtant dans cette atmosphère calme et tendue, mille et une questions se dégagent de leurs corps… Par leurs clignements d’yeux arythmés… Par leurs mouvements crispés… Par leurs visages contractés… Par leurs gestes maladroits et leurs airs torturés…
La communication verbale leur a fait défaut par manque de confiance ? Manque d’audace ? Par habitude ? Ou tout simplement évaporation de ce qu’on appelle, habituellement, « Amour » ?
Elle : Tu ne m’embrasses plus en rentrant à la maison…
Lui : Je ne trouve plus le chemin vers tes lèvres, autrefois, affamées…
Elle : Je n’arrive plus à briser le silence et nous sortir de nos carapaces…
Lui : Je n’arrive plus à sentir la sensualité de tes caresses…
Elle : Je n’arrive plus à lire dans tes pensées…
Lui : Je n’arrive plus à penser à deux et aller au bout de « nos » projets…
SILENCE
Lui : Je n’arrive pas à te serrer dans mes bras sans te sentir fuir…
Elle : Je n’arrive pas à croire que tu n’as pas remarqué ma nouvelle coupe de cheveux…
Lui : Je n’arrive pas à te regarder droit dans les yeux sans voir cette douleur qui me torture…
Elle : Je n’arrive pas à retrouver le chemin du bonheur tant que tu ne me trouves pas le remède…
Lui : Des années se sont écoulées sans nous apercevoir que les enfants ont grandi… Que nos cheveux sont devenus gris… Et que nos cœurs se sont assoupis…
Elle : Des années se sont écoulées à élever nos enfants tout en se perdant nous-mêmes… Tout en maudissant nos corps et nos âmes…. Tout en oubliant d’entretenir notre fleur d’âge…
Lui : Quand est-ce qu’on a perdu cette merveilleuse sensation, pour laquelle on a prononcé nos vœux ?
Elle : Quand est ce que tu as cessé de m’aimer ?
Quand est ce qu’on a cessé de nous aimer ?
Chaque matin, ces mêmes questions fredonnent leurs âmes torturées, et pourtant, personne ne sort un traitre mot…chaque matin, c’est le silence qui règne entre les deux… Qui réglemente leurs gestes… Et chacun se dit que demain, il aura le courage de concrétiser ses tourments en une vraie conversation entre deux adultes… Et chaque matin, ils prennent à la hâte leurs cafés pour fuir vers leurs occupations quotidiennes…
